Kaliayev

kaliayevMéLANCOLIE SAUVAGE

La mélancolie sied mieux à certains qu’aux autres. Celle de Kaliayev est brillante, hardie et imparable. Elle court les méandres de cinq morceaux à l’architecture labyrinthique, où le ciel et la terre se confondent. Elle se lance sans ciller dans chaque morceau comme dans une odyssée. Et dès les premières mesures, elle semble chercher inlassablement un point de non-retour. Pourtant, celui qui nous livre cette neurasthénie féroce garde bien le front baissé. Il gratte sa guitare, il programme son loop sur un laptop, et sur Don’t Snap Me il fait chanter Marielle Martin (Playdoh) comme pour mieux disparaître. En de rares occasions, il pose lui même une voix blanche, sur ses instrumentaux à tiroirs. Attention à ne pas s’y méprendre : ce n’est pas de la timidité qui résonne dans la douceur du phrasé. Cette retenue obsédante tiendrait plutôt d’une sorte de trac généralisé, omniscient et continu. C’est l’angoisse traînante de la vie de tous les jours ; chaque chose est encore à faire, avec la peur vissée au fond de l’estomac de passer à côté de ce qui est important. Voilà certainement un anti-héros qui nous ressemble. Kaliayev est bien loin de trouver un remède à toute cette mélancolie sauvage, mais elle lui va si bien.

Marie D’Aubert - Magic

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